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Le travail découragé, le chômage encouragé !

la-tete-sous-l-oreiller-plutot-que-la-douche-a-six-heures-du-matin © Miege/Contribuables Associés

Des forçats du boulot aux forçats du dodo : le système de protection sociale tricolore est généreux et incite à garder la tête sur l’oreiller plutôt que de se précipiter sous la douche à 6 heures du matin. S’il ne pousse pas les salariés à devenir chômeurs, il peut, en revanche, les inciter à y rester plus longtemps !

 

Extrait des Enquêtes du contribuable n° 4 : ‘L’assistanat ruine la France, décourage le travail, avilit les Français. »

Longue durée d’indemnisation, taux de remplacement favorable, puis bascule vers le RSA et les minima sociaux, la tentation de ne rien faire est bien là. C’est évidemment le cas avec l’emblématique régime des intermittents du spectacle et ses confortables allocations journalières qui creusent le déficit de l’assurance chômage d’un bon milliard d’euros tous les ans. Ou encore avec celui des travailleurs intérimaires (1,7 milliard d’euros de déficit), épinglé dans un rapport de la Cour des comptes en 2012.

Selon une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) d’avril 2013, des allocations généreuses ralentissent les sorties du chômage. Les chercheurs ont constaté que, lorsque la durée d’indemnisation est passée de 7 à 15 mois, le taux de retour à l’emploi a diminué de 28 %. La durée de chômage moyenne s’est allongée d’environ deux mois et demi et ni la stabilité de l’emploi retrouvé ni le salaire perçu n’ont été significativement améliorés. Un impact négatif sur la qualité de l’emploi obtenu a même été observé, car, en toute logique, plus la période d’inactivité est longue et, plus le domaine de compétence du chômeur est frappé d’obsolescence.

Jusqu’à 6.160 euros d’indemnités !

Ces données alarmantes sont ignorées par les pouvoirs publics. Une étude de l’Unedic de 2012 confirme néanmoins que le système tricolore reste l’un des plus protecteurs. Tant pour la durée d’indemnisation servie aux allocataires que pour le taux de remplacement (ratio entre les revenus d’inactivité et les revenus d’activité précédemment touchés par une personne).

C’est en France, que l’accès à l’assurance chômage est le plus rapide : la durée minimale d’emploi pour toucher les allocs est de 4 mois contre 12 dans la plupart des pays européens.

C’est en France que l’on perçoit l’indemnité mensuelle la plus importante, jusqu’à 6.160 euros contre 2.215 euros en Allemagne, 1.422 euros en Belgique ou encore 1.119 en Italie.

C’est toujours en France que l’on profite d’une des durées d’indemnisation les plus longues (24 mois) avant de verser dans le système de solidarité (allocation spécifique de solidarité, RSA…). Contrairement à des pays comme le Royaume-Uni, la France ne calibre pas le montant des indemnités en fonction de la situation familiale des chômeurs. Elle leur sert un taux de remplacement moyen de 67 %, ce qui la place dans le peloton de tête (8e rang) des pays OCDE les plus munificents.

Selon l’INSEE, à peine 30 % des chômeurs ont accès à une formation et 55 % des candidats y ont renoncé pour des raisons de coût ou de manque de soutien de Pôle emploi.

Le travail ne paie pas

L’IFRAP, un think tank libéral qui propose notamment de fusionner les aides sociales en une seule qui serait plafonnée, s’est penché sur la différence de revenus mensuels dont dispose un foyer type en région parisienne vivant exclusivement d’aides sociales et le même exerçant une activité salariée.

Conclusion : lorsqu’il est peu rémunéré, le travail n’apporte qu’une amélioration modeste des revenus par rapport à l’absence d’activité. Ainsi, pour 838 euros de rémunération mensuelle (3/4 de smic), la différence au final, tous revenus additionnés, n’est que de 199 euros (1.717 euros contre 1.916 euros), note l’IFRAP. En précisant que si l’on tient compte des revenus procurés par les tarifs sociaux et les aides facultatives, cette différence s’amenuise jusqu’à disparaître presque totalement ! Pour que le travail « paie » davantage que l’assistanat, il faut que le salaire dépasse 1 smic à temps complet, indique l’IFRAP. En dessous, les revenus d’assistance gomment la différence.

Quand on met tous les avantages bout à bout, la tentation d’être indemnisé le plus longtemps possible, tout en bossant de temps à autre est parfois irrésistible. L’Urssaf estime, par exemple, que plus ou moins 6 % des salariés du commerce de détail travaillent au noir. Beaucoup de professions manuelles profitent de cette manne : petits travaux (peinture, électricité, jardinage…), garde d’enfants, réparations automobiles, « extras » dans les bars ou l’hôtellerie… Selon un sondage Harris Interactive réalisé pour M6 en 2013, 44 % des Français admettent avoir déjà payé des services en liquide afin d’éviter la TVA ou des charges sociales.

Fraudes sociales : l’Etat-nounou ferme les yeux

Ces petits arrangements avec la République fiscale sont facilités pour les bénéficiaires d’aides sociales par la permissivité du système. Bien que soumis à condition de ressources, les minima sociaux (RSA…) comme les droits connexes (tarifs sociaux, aide personnalisée au logement (APL), CMU…), ne sont assortis d’aucune contrepartie. Les bénéficiaires ont le temps nécessaire pour cumuler le beurre et l’argent du beurre, allocations et revenus non déclarés, les contrôles étant presque impossibles dans les zones « difficiles ».

La situation n’est pas près de s’améliorer. En augmentant le nombre d’allocataires touchant les minima sociaux (3,7 millions, mais un peu plus de 6 millions de personnes en vivent), la crise augmente mécaniquement le volume du travail au noir. Une fois l’habitude prise de cumuler aides légales et revenus au noir, on peut se demander combien d’allocataires chercheront à retrouver un job « taxé » lorsque l’économie repartira.

L’échec de Pôle emploi

Si, selon un sondage Ipsos de 2014, 7 demandeurs d’emploi sur 10 se déclarent satisfaits de Pôle emploi, c’est peut-être parce que son incapacité à fournirdes emplois arrange pas mal de monde. Le manque d’efficacité de cet organisme public, submergé par les vagues de chômeurs (3,3 millions en janvier 2014 en France métropolitaine), est légendaire.

En 2012, la Cour des comptes soulignait l’échec de sa réforme : « La crise est intervenue sans qu’une réflexion suffisante ait pu être entreprise sur les moyens propres à accélérer la vitesse de reclassement des demandeurs d’emploi ». Depuis, Pôle emploi a déclaré se recentrer sur l’accompagnement des chômeurs « qui en ont le plus besoin ». Les résultats ne sont pas au rendez-vous. Faute de propositions d’emplois, des formations qualifiantes pourraient être proposées aux chômeurs. Elles manquent à l’appel.

Selon l’INSEE, à peine 30 % des chômeurs ont accès à une formation et 55 % des candidats y ont renoncé pour des raisons de coût ou de manque de soutien de Pôle emploi. Les rares élus à avoir profité d’une formation en gardent un souvenir amer. Délais d’attente trop longs, demandes de formation refusées, formations succinctes, manque de débouchés… Les rodomontades élyséennes sur la formation vont-elles changer la donne ? A suivre…

Fabrice Durtal

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

Lu 200 fois Publié le mercredi, 30 avril 2014