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Emplois d’avenir : les contribuables financent la discrimination et l’insertion

Il est des mesures qui se heurtent à la réalité et se désagrègent après ce choc violent. Ce pourrait être le cas des emplois d’avenir.

 

Au premier trimestre 2013, la prévision était de faire signer 25.000 emplois d’avenir et garder ce rythment trimestriel pour parvenir au 100.000 à la fin de l’année 2013. Mais le dispositif ne décolle pas : 10.000 contrats ont été signés durant le premier trimestre, ce qui laisse présager qu’à peine 50.000 emplois d’avenir seraient mis en place en 2013. Cette mesure anti-chômage financée par les contribuables ne fonctionne pas. Elle est un échec annoncé.

« 500.000 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, le taux de chômage des jeunes s’élève à 25% de la population d’une génération », tel est le constat dressé le 23 janvier dernier à Grenoble par François Hollande, Président de la République, lors de ses vœux à la jeunesse. La grande mesure phare qui devait résoudre la situation, resservie à chaque intervention, était celle des emplois d’avenir : 100.000 emplois devaient être créés d’ici la fin 2013, à destinations des collectivités territoriales et des associations, pour un coût d’1,5 milliards d’euros bien évidemment payés par les contribuables.

Mais voilà : cela ne fonctionne pas. Ce n’est pas vraiment une surprise, mais c’est un vrai problème pour un gouvernement qui avait affiché ces emplois d’avenir comme l’un des outils majeurs de la boîte à outil présidentielle.

Ne pas céder sur le caractère discriminatoire des emplois d’avenir

L’inquiétude se lit sur les visages de la majorité : les emplois d’avenir n’ont pas d’avenir. Il faut agir de toute urgence. Le sénateur-maire de Tours, Jean Germain, le rapporteur de la mesure, cherche une voie de secours pour gonfler les chiffres et croit tenir la solution : « Pour inverser le courbe du chômage, c’est la mesure la plus importante. On pourrait assouplir certains critères d’éligibilité dans les prochains mois si ça ne décolle toujours pas. » Ce serait en effet raisonnable et amoindrirait le caractère discriminatoire des emplois d’avenir pour le rendre plus égalitaire.

La suggestion de Jean Germain est relayée par Claude Bartolone, le Président de l’Assemblée nationale : « Il y a une panne sur les emplois d’avenir avec des critères qui ralentissent leur mise en œuvre. Si ça bloque, il faut les faire évoluer. On ne peut pas rester à entendre qu’il y a trop de blocage sans rien faire.» Des blocages qui reposent sur des critères intangibles qui imposent d’employer un jeune sans diplôme, au niveau inférieur du bac. Conscient du problème, Jean Germain propose un contournement : « on pourrait envisager de les ouvrir temporairement aux diplômés qui sont au chômage depuis six mois, ils connaissent aussi des difficultés. On aura tout le temps de recentrer le dispositif une fois qu’il sera sur un rythme de croisière. » Elargir les critères puis les rétrécir en cas de succès, c’est appliquer une discrimination à géométrie variable.

Non, non et non, rugit le ministre du travail Michel Sapin : les emplois d’avenir seront totalement discriminatoires ou ils ne seront pas. « Si on ouvrait à d’autres catégories des jeunes qui sont au bac +3, +4, +5, qui peuvent rencontrer des difficultés, lesquels resteraient sur le bord du chemin ? Ceux qui sont sans aucune capacité », tempête-t-il avec indignation. Quel scandale, quel toupet de la part des collectivités locales et des associations de préférer employer des diplômes plutôt que des gens sans formation et sans le bac ! Quelle indignation que de proposer d’élargir le dispositif aux diplômés, comme le font ces quelques camarades socialistes ! Il ne faut pas prendre le risque d’employer des diplômés car tout le monde les préfèrerait aux autres et cela porterait un coup fatal à la justice sociale. Alors il n’y a pas d’autres choix, les contribuables financeront cette discrimination, Michel Sapin s’y engage au nom de l’égalité.

Mobiliser les préfets pour forcer les maires à embaucher

Pour mettre en place ces emplois d’avenir, François Hollande avait lancé le 23 janvier dernier « un appel aux collectivités locales, aux grandes associations, à l’économie sociale et solidaire, aux coopératives, aux jeunes entreprises de pouvoir accueillir des jeunes en emplois d’avenir. » Il a prononcé le mot « entreprise » juste pour la forme : l’Etat finance les emplois d’avenir à hauteur de 75% du smic pendant trois ans uniquement pour le secteur non marchand tandis qu’il ne les finance qu’à 35% pour le secteur marchand. La mesure est donc surtout destinée au secteur public : c’est aux maires de se retrousser les manches et d’obéir aux injonctions de l’exécutif français.

Et s’il y en a parmi les maires ou autres élus des collectivités territoriales qui rechignent, le gouvernement les forcera. Du moins il va exercer une véritable pression. Les préfets sont mobilisés pour rappeler les maires à l’ordre : il faut embaucher, mettre en place ces emplois d’avenir coûte que coûte, sauver la promesse de François Hollande, c’est le plus important. Mais les maires n’ont pas des finances extensives et ils sont au plus près des contribuables qui risquent de leur demander des comptes. Et puis l’emploi d’avenir est vu comme un véritable boulet.

A Lyon, le cabinet du maire Gérard Collomb est réaliste : « Il nous faut du temps pour voir comment intégrer d’éventuel emploi d’avenir, nous avons déjà deux-cents personnes chaque année en contrats aidés. » Cela coûte de l’argent, celui des contribuables, et cela coûte du temps car ces jeunes sans diplômes doivent être formés : cet effort de formation pèse énormément sur les finances de la ville car on ne rend pas opérationnel du jour au lendemain un jeune qui n’a jamais rien appris.

La réalité est un véritable encombrement pour le gouvernement. Et les préfets s’affolent, comme ce pauvre préfet de l’Hérault sommé de mobiliser les élus : il n’y a que 170 emplois d’avenir signés dans son département. Du coup, on se demande si l’emploi du préfet a de l’avenir…

Les emplois d’avenir ne luttent pas contre le chômage !

Plus le temps avance, plus le gouvernement est confronté à la dure réalité de la crise. Nombre de journalistes et d’analystes ont remarqué que le ministère du travail communique de moins en moins sur les emplois d’avenir. Les chiffres étaient donnés quotidiennement : c’est fini. Les chiffres par région ne sont pas fournis. Le gouvernement fait tout pour occulter l’échec. A l’heure où la transparence est portée aux nues, c’est plutôt surprenant.

Mais la plus grande surprise est qu’en réalité, contrairement à ce que nous avions tous compris et que François Hollande n’avait cessé de marteler, les emplois d’avenir ne sont pas une mesure de lutte contre le chômage. Il y a eu tromperie ! Au cabinet de Michel Sapin, on lâche ces mots stupéfiants : « le but de la mesure n’est pas de faire baisser les chiffres d’inscrits à Pôle Emploi, mais d’insérer les jeunes en difficulté. » Si les emplois d’avenir n’ont pas pour objectifs de diminuer les inscrits à Pôle Emploi, donc les chômeurs, alors cette mesure n’est pas une mesure anti-chômage. Est-ce une erreur de communication ? Un couac d’un conseiller sous pression qui s’est soudainement lâché ? Toujours est-il que cette phrase explique la logique discriminatoire des emplois d’avenir : l’insertion est pour ceux qui n’ont pas de formation, pas pour les autres. Les contribuables auraient aimé savoir plus tôt ce qu’ils finançaient réellement.

Il n’y a pas de cap

Devant tant d’incertitude, il n’y a qu’une seule certitude : nos « responsables » politiques ne savent pas où ils vont. Entre le bricolage de la mesure phare de la lutte anti-chômage pour la rendre plus opérationnelle, la pression préfectorale mise sur les maires pour qu’ils embauchent et l’affirmation qu’elle est plus utile à l’insertion qu’aux chômeurs, les contribuables sont en droit de demander à quoi leur argent est réellement utilisé.  François Hollande aura-t-il le courage de la transparence en matière de politique publique ? Rien n’est moins sûr.

Clément Droynat

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

Lu 120 fois Publié le lundi, 22 avril 2013