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Rendons hommage aux contribuables chypriotes

Quelle hypocrisie ! L’Union européenne, la Banque centrale européenne et le fond monétaire international, cette fameuse troïka qui a pour objectif de régler la crise de l’eurozone, a tenté de saisir les biens des contribuables chypriotes sans même se cacher derrière quelques artifices fiscaux. Au contraire, la couleur était annoncée : les dépôts dans les banques chypriotes auraient été taxés à 6,75% pour ceux de moins de 100 000 euros et à 9,9% pour ceux supérieurs à 100 000 euros. Mais le contribuable chypriote ne l’a pas entendu d’une oreille soumise.

 

Chypre, l’île d’Aphrodite, n’a pas une réputation si romantique : havre du blanchiment d’argent, lessiveuse de la Méditerranée, cette petite Suisse a attiré depuis fort longtemps les oligarques russes désireux de laver leur argent plus blanc que blanc dans les banques chypriotes. Le système bancaire de l’île s’est retrouvé ainsi à peser 136 milliards d’euros soit huit fois plus que l’économie chypriote elle-même qui compte 17 milliards d’euros. Mais jusqu’à aujourd’hui, la vertueuse élite politique européenne n’a rien trouvé à redire à un système couvrant la corruption : Bruxelles s’en satisfaisait puisqu’elle n’a rien dit lorsque Chypre est entrée dans l’Union européenne en 2004 et n’a rien dit non plus lorsque Chypre a rejoint l’eurozone en 2008.

C’était la totalité des chypriotes qui ont mis leurs économies dans leur banque qui allaient être touchés par la taxe européenne.

Alors la troïka a vu dans le trésor des banques chypriotes la poule aux œufs d’or susceptible de régler la crise chypriote qui menace l’eurozone toute entière. Les eurocrates ont donc inventé cette taxe sur les dépôts bancaires qui aurait permis à Chypre de trouver 5,8 milliards d’euros en contrepartie de quoi la troïka aurait déboursé 10 milliards d’euros pour renflouer l’île. Par cette décision, l’Union européenne bafouait sa propre promesse prise en 2008 et en 2010 de garantir tous les dépôts bancaires jusqu’à 100 000 euros au sein de l’Union. Mais nous n’en sommes plus à un renoncement ni à un mensonge près.

Seulement voilà, les eurocrates ont oublié un détail : ils ne sont pas les propriétaires des dépôts d’argent privé effectués dans les banques. Et d’ailleurs l’immense majorité des dépôts dans les banques chypriotes appartiennent à des simples contribuables chypriotes. Les russes ont peut-être les dépôts les plus important en terme de volume monétaire, mais c’était la totalité des chypriotes qui ont mis leurs économies dans leur banque qui allaient être touchés par la taxe européenne.

Le droit de propriété est violé

La très grande majorité des contribuables chypriotes ne blanchissent pas d’argent. Ils n’ont d’ailleurs pas de responsabilité dans la crise de l’euro non plus. Alors comment pouvaient-ils accepter de voir leurs économies, le fruit de leurs efforts et de leur travail, être taxé arbitrairement par des eurocrates bruxellois et des fonctionnaires du FMI ? Ceux-ci ont-ils cru qu’ils pouvaient disposer du bien d’autrui comme ils le voulaient ? Ont-ils réalisé qu’en voulant taxer les dépôts bancaires, ils violaient le droit de propriété ?

Retournons aux fondamentaux pour bien comprendre ce qui se passe. L’économiste Frédéric Bastiat a bien défini la propriété : « J’entends par propriété le droit qu’a le travailleur sur la valeur qu’il a créée par son travail. » En tant que valeur créée par le travail, l’argent d’un contribuable est sa propriété, au même titre que sa voiture et sa maison. Bastiat rappelle en outre que « quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. »

Aucune structure étatique ne peut disposer de la propriété d’un contribuable ! 

Spoliation ! L’Union européenne, la Banque centrale européenne, le fonds monétaire international veulent spolier les Européens et utiliser la loi pour arriver à cette fin injustifiable. Oui, car même si la loi rend la spoliation légale, cela ne change rien au fait qu’elle est une abomination. Bastiat l’affirme avec force : « si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer,  je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. » Nos eurocrates n’ont-ils donc plus aucun sens commun, plus aucune notion de respect vis-à-vis des contribuables qu’ils les considèrent comme sorte d’esclaves économiques dont on peut disposer impunément ?

Remettons l’Etat, les unions d’Etats et les organismes issus des Etats à la place qui est la leur. Frédéric Bastiat rappelle que « la société, les personnes et les propriétés existent antérieurement aux lois. » En conséquence, « ce n’est pas parce qu’il y a des lois qu’il y a des propriétés, mais parce qu’il y a des propriétés qu’il y a des lois. » Tout ce qui est étatique vient après la propriété : le droit de propriété est un droit supérieur aux droits des Etats. Aucune structure étatique ne peut disposer de la propriété d’un contribuable ! 

C’est bien pour cela que les citoyens chypriotes avaient mis une énorme pression sur leurs parlementaires en manifestant dans la rue. Un chypriote travaillant à la mairie de Nicosie s’insurgeait : « On a voté toutes les mesures d’austérité. Elles ont été appliquées. Mon salaire a été réduit, la TVA a augmenté, les retraites ont baissé. Mais ça ne suffit pas et il y en aura d’autres comme en Grèce. Il faut sortir de la troïka. Cela va être difficile, mais au moins nous aurons nos propres règles. » Trop, c’est trop ! Entendant la rue, aucun législateur chypriote, le 19 mars, n’a voté en faveur du plan de spoliation européen.

Contre l’oppression fiscale européenne, la pression des contribuables chypriotes !

Les dirigeants allemands n’en sont pas revenus ! Wolfgang Schaüble, ministre des finances allemand, a déclaré que Chypre est « seule responsable » de ses problèmes. Du côté de Bruxelles, même stupeur : « en Grèce, en Irlande ou au Portugal, à chaque plan d’aide, les dirigeants du pays concerné menacent d’un blocage au Parlement, mais c’est toujours passé jusqu’ici », déclare un responsable bruxellois.

Ce qui est très inquiétant est cette étonnement que des contribuables aient voulu défendre coûte que coûte, leur argent, leur propriété, leur travail. Nos élites politiques, qu’elles soient européennes ou françaises, doivent comprendre que la propriété est et doit rester un droit sacré. Que l’impôt ne doit pas être un outil d’oppression. Que le contribuable n’est pas un mouton que l’on peut tondre impunément, mais bien un individu libre capable de dire non ! Résoudre la crise de l’euro sera difficile, mais elle ne doit déboucher en aucun cas sur la saisie des propriétés et des biens des contribuables européens.

Alors les contribuables français remercient fraternellement les contribuables chypriotes d’avoir donné l’exemple de la lutte ! Et restons vigilants !

Jean de Selzac

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

Lu 552 fois Publié le vendredi, 22 mars 2013