Blocage des prix des loyers : Jean Perrin de l'UNPI réagit au projet de décret du ministre du Logement

Pour Jean Perrin, directeur de l'Union nationale de la propriété immobilière, le projet de décret du ministre du Logement est un mauvais signe donné aux propriétaires. Pour faire régresser les prix, il faudrait construire plus et pour moins cher.

 

Jean Perrin, directeur de l’Union nationale de la propriété immobilière (UNPI), réagit pour Le Cri du Contribuable à l’annonce du ministre du Logement, Cécile Duflot, sur son projet de décret visant à interdire aux propriétaires d’augmenter le prix du loyer après le départ du locataire. 

Jean Perrin est notamment l’auteur de « 25 millions de propriétaires, programme pour un ministre du Logement ».

Ce décret est-il une solution pour stopper l’emballement du prix des loyers ? 

Il y a déjà matière à discuter sur l’emballement des prix. Il n’y a pas aujourd’hui de dynamique de hausse. Au vue des résultats du site clameur.fr, il y a une certaine hausse des loyers dans les secteurs tendus. Alors qu’il y a une baisse dans beaucoup de secteurs de France. Il y a quelques villes où les loyers sont à un niveau élevé avec une augmentation plus forte que la moyenne.

J’estime que ce projet de décret est contreproductif. Le signal donné aux propriétaires n’est pas bon. Je ne vois pas comment nous pourrions ramener des biens vacants sur le marché, il y en a 8% rien qu’à Paris. Je ne vois pas non plus comment cela pourrait attirer de nouveaux investisseurs dans l’immobilier si un décret vient bloquer leur revenu.

L’indice de révision des loyers qui n’est pas appliqué partout va forcer les propriétaires.

Il faut construire moins cher. Nous pouvons récupérer des logements vacants sans faire peur aux propriétaires. Il faudrait également faire du ménage dans le parc public, certaines personnes occupent ces logements alors qu’elles n’y ont pas droit. Voilà les pistes qu’il faut exploiter si nous voulons une offre plus abondante de logements et donc des loyers plus accessibles. Casser le thermomètre ne va pas faire baisser la fièvre.

Comment expliquer la hausse des loyers ?

Depuis des années, la France mène une politique du logement aberrante, tous les ministres successifs ont échoué. Il aurait d’abord fallu mener une politique dans le but de rendre les Français propriétaires. Avec l’augmentation du foncier, nous arrivons à des prix inaccessibles. Nous avons  aussi donné une part trop importante au parc public qui vient déstabiliser le marché. Enfin le revenu des Français locataires a tendance à baisser.

Ce projet de décret met-il en danger le droit de propriété ?

Ce projet de décret fait partie des éléments qui mettent en danger le droit de propriété. Le droit de préemption urbain, les obligations de diagnostic et de mises aux normes réduisent les marges de manœuvre du propriétaire. Va-t-on aller jusqu’à nationaliser le logement ? Le bon système serait de laisser faire le marché…

Comment les locataires pourront-ils rester solvables pour assumer les prix du marché. Avec ce décret, le ministre veut modifier le marché pour le ramener aux revenus des locataires. Il n’est jamais bon de trafiquer les marchés. 

En revanche, la solidarité nationale doit aider ceux qui n’ont pas accès au marché. La politique du logement représente, chaque année, plus de 40 milliards d'euros en France, presque l’équivalent de l’impôt sur le revenu de tous les Français, presque l’équivalent de l’intérêt de la dette de la France. Nous devrions faire mieux avec cette somme…

Pensez-vous qu’il appartienne à l’Etat de réguler les prix du marché ?

Si l’Etat veut bloquer les prix, nous revenons à l’Etat soviétique. L’Etat doit laisser faire le marché. Il faut de grandes règles qui encadrent les rapports entre individus et la solidarité nationale doit aider les personnes à pouvoir accéder au marché.

Quel serait, selon vous, le meilleur moyen pour stopper la hausse des prix des loyers ?

Il faudrait supprimer les systèmes de normes, de contraintes, permettre de construire moins cher et plus, alléger les procédures. Il ne suffit pas de donner des aides financières. Il y a un tas de choses superflues dans les logements. Il faut en venir à la notion de logement essentiel. Les prix se stabiliseront, voir régresserons, quand il y aura une offre plus importante.

L’Etat devra ensuite ordonner le parc public. En revendre la moitié permettrait à 2 millions de logements de ne plus connaître de problèmes de loyers.

Propos recueillis par Pierre Bergerault

Lu 97 fois Publié le mardi, 05 juin 2012