jeudi, 16 janvier 2014 12:31

Conférence de F. Hollande : un discours trompeur

Lors de ses vœux à la presse, le président François Hollande a semblé annoncer un virage jugé "libéral", plutôt favorable aux grandes entreprises, dans l'idée de faire revenir l'emploi. Est-ce crédible pour les contribuables ? L'analyse d'Alain Mathieu, président d'honneur de Contribuables Associés.

 

Lors de sa conférence de presse du 14 janvier, François Hollande a rappelé d’importantes et saines vérités : « C’est maintenant que la France doit rebondir pour repartir » ; « sans les entreprises il ne peut y avoir de créations d’emplois dans la durée » ; il faut « harmoniser les règles fiscales, notamment pour les entreprises, entre la France et l’Allemagne » ; « il faut réduire la dépense publique parce que c’est le passage obligé pour réduire les déficits publics, parce que c’est le préalable à toute baisse d’impôts ». Pour cela il faut « redéfinir les principales missions de l’Etat et revoir nos mécanismes de redistribution » ; « une clarification stricte des compétences entre collectivités » est nécessaire.

Des paroles… et les actes ?

Après avoir énoncé ces principes de bonne gestion du pays, il eût fallu annoncer les décisions qui en découlaient : baisse rapide des charges des entreprises, devenues égales à celles des entreprises allemandes, et baisses correspondantes, chiffrées en détail, des dépenses publiques. François Hollande aurait alors reçu l’assentiment d’une très grande majorité des Français. Mais il aurait ainsi déçu l’extrême gauche et certains militants et élus de son parti. Pour satisfaire cette partie de son électorat il s’est contenté d’un seul engagement précis vis-à-vis des entreprises, la suppression en 2017 des cotisations familiales (30 milliards d’euros par an).

Les promesses incantatoires ne feront pas revenir l’emploi

Et il a préféré inventer des « contreparties définies au niveau national et déclinées par branches professionnelles » (par négociation avec les syndicats patronaux). « Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauches, d’insertion des jeunes, de travail des séniors, de qualité de l’emploi, de formation, d’ouvertures de négociations sur les rémunérations et la modernisation du dialogue social ». Les syndicats patronaux peuvent s’engager à ouvrir des négociations, mais évidemment pas à embaucher, car les décisions d’embauches sont prises par les entreprises.

D’ailleurs « on crée des emplois lorsque les carnets de commandes augmentent, pas parce qu’il y a des baisses de charges » a rappelé le Président des PME. « Faites confiance aux chefs d’entreprise. Si les conditions d’amélioration de leur compétitivité sont restaurées, ils investiront et embaucheront » a dit également le Président du Cercle de l’industrie (les plus importantes sociétés industrielles françaises).  Des contreparties d’embauches négociées avec les syndicats patronaux sont donc illusoires et inutiles. Elles ne font que tromper les Français.

Où sont les baisses de dépenses publiques ?

François Hollande les trompe également sur les économies de dépenses publiques qu’il compte réaliser, et qu’il a l’intention de superviser personnellement une fois par mois dans un Conseil stratégique de la dépense, énième machin qui risque de rejoindre le triste sort des comités Théodule.

C’est tous les jours qu’il devrait s’en occuper, et non une fois par mois.

Il devrait faire comme tous les Français : appeler « économies » des baisses réelles des dépenses, et non des baisses par rapport à une « hausse tendancielle » calculée par ses fonctionnaires.

Après moi, le déluge !

Il les trompe encore en étalant ces fausses économies jusqu’en 2017, année où il ne sera sans doute plus au pouvoir. Les pays qui ont réussi le redressement de leurs finances publiques l’ont fait principalement dans les trois premières années et non en cinq ans. C’est pour cela qu’il ne prévoit la suppression des cotisations familiales qu’en 2017. Cette baisse des charges des entreprises ne portera donc pleinement ses effets qu’après 2017.

Impossible n’est pas français mais… les syndicats bloquent tout

En répondant que les 100 milliards de baisses de dépenses publiques demandés par le MEDEF sont « impossibles », François Hollande trompe encore les Français. Ce montant est égal à 5 % du PIB. C’est précisément les baisses de dépenses publiques que l’Allemagne et la Suède ont réalisées en quatre ans, de 2003 à 2007.

Quelques mesures comme la suppression des 35 heures dans la fonction publique (25 milliards), l’alignement des régimes de retraite des secteurs public et privé (40 milliards), l’alignement sur l’Allemagne des heures de présence à l’école des enseignants (30 milliards), la convergence des tarifs de remboursement aux hôpitaux publics et privés de leurs actes médicaux (15 milliards) permettraient de les réaliser. Seule l’opposition des syndicats du secteur public les rend « impossibles ».

En essayant de faire croire qu’une telle baisse de 30 milliards d’euros des charges des entreprises serait suffisante, François Hollande trompe encore les Français. Pour égaliser les prélèvements obligatoires sur les entreprises entre la France et l’Allemagne, il faudrait baisser les prélèvements français de 120 milliards et non de 30. Et encore prévoit-il de revenir sur les 20 milliards de baisses d’impôts dus au CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi). La baisse ne serait plus alors de 30 mais de 10 milliards et la tromperie complète.

Bref, en se contentant de grandes déclarations de principe plutôt que d’engagements concrets appliqués rapidement, François Hollande trompe les Français de façon grave, encore plus grave que ses autres tromperies.

Alain Mathieu, président d’honneur de Contribuables Associés et ancien chef d’entrepriseAlain Mathieu Contribuables Associes

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

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