Doux : 55 millions d’euros d’argent public pour une faillite

doux-55-millions-d-euros-subventions-union-europeenne-pour-une-faillite doux-55-millions-d-euros-subventions-union-europeenne-pour-une-faillite © Groupe Doux

Le groupe volailler breton Doux est au plus mal et cela malgré les 55 millions d’euros de subventions accordés en 2012 par l’Union européenne au titre de l’aide à l’exportation. En effet, le groupe est en redressement judiciaire, il perd des marchés, il est endetté à hauteur de 400 millions d’euros et il a déjà licencié un millier d’employés.

 

Pour noircir un peu plus le tableau, Bruxelles a annoncé que le montant d’aides à l’exportation pour 2013 diminuera de moitié : de 21,70 euros par quintal l’aide passe à 10,85 euros. Le ministère de l’agriculture s’insurge, mais en vain : l’UE a déclaré que les conditions du marché étaient suffisamment favorables pour baisser la subvention.  Oui, mais voilà, sans subvention l’entreprise Doux, elle, n’est pas dans les conditions favorables pour affronter le marché. Le constat est terrible et il faudra bien le dire aux contribuables : les 55 millions d’euros n’ont servi à rien. C’est sûrement l’un des exemples les plus criants de la gabegie de l’argent public.

Car les subventions européennes sont de l’argent public. On le comprend mieux lorsque l’on regarde le budget européen. Celui-ci provient à 99% de fonds propres constitués grâce à trois taxations européennes. La première est prélevée sur les droits de douanes c’est-à-dire les importations de produits en provenance des pays extérieurs à l’UE et les cotisations «sucre». La deuxième est prise sur la TVA, ce qui rapporte 14 milliards d’euros. La troisième provient d’un prélèvement sur le revenu national brut de chaque Etat-membre ce qui rapporte 92,7 milliards d’euros. A chaque taxation, bien entendu, le contribuable paie.

Ces fonds d’aides sont alors gérés de manière décentralisés. Ainsi, en France c’est l’Etat qui décide de la répartition des subventions grâce aux SGAR (Secrétariat général pour les affaires régionales rattaché aux préfectures). Ceux-ci, avec les conseils généraux, choisissent qui sera recevra les aides.  Le fait que la décision soit prise par ces structures publiques est un vrai problème : la subvention ne sera pas accordée en tant qu’investissement économique, mais en tant qu’outil politique généralement ignorant de la nature même du business.

L’assistanat aux entreprises est aussi grave, voire plus grave que l’assistanat aux individus. Un entrepreneur n’a pas à chercher des aides publiques car s’il établit son activité sur de l’argent public

Les objectifs de ces aides européennes sont précis, entre autres améliorer la compétitivité régionale et soutenir la création d’emplois. La réalité est qu’elles ont pour effet, le plus souvent, de soustraire l’entreprise bénéficiaire à la loi du marché économique qui repose sur l’offre et la demande. En étant subventionné, le groupe Doux a certes pu vendre sur des marchés très concurrentiels comme ceux du Moyen-Orient, du Brésil et des Etats-Unis, mais sans en tirer avantage au final. Qu’on supprime l’aide et, on le voit aujourd’hui, le problème reste entier : le groupe français Doux n’est pas compétitif.

La subvention n’est pas la solution : c’est l’illusion.

Cela veut-il dire que les subventions empêchent les restructurations ? Qu’elles ne permettent pas de s’adapter à un marché changeant ? Qu’elles n’incitent pas à établir de nouvelles stratégies de développement de marché ? On peut se poser ces questions et bien d’autres, d’autant plus légitimement qu’il s’agit de notre argent.

L’assistanat aux entreprises est aussi grave, voire plus grave que l’assistanat aux individus. Un entrepreneur n’a pas à chercher des aides publiques car s’il établit son activité sur de l’argent public, il devient dépendant du bon vouloir de l’Etat et les contribuables deviennent malgré eux investisseurs dans des affaires qu’ils n’auraient peut-être pas voulu soutenir. Un entrepreneur doit plutôt convaincre des investisseurs privés pour conquérir des marchés, faire du bénéfice et s’adapter à la loi de l’offre et de la demande. Dans ce seul cas, il créé de la richesse dont bénéficieront les contribuables soit en consommant, soit en travaillant pour cet entrepreneur.

Qu’elle soit française ou européenne, la subvention publique aux entreprises ne sert souvent à rien d’autre qu’à masquer la réalité du marché, donner de faux espoirs aux ouvriers et gaspiller l’argent des contribuables. La subvention n’est pas la solution : c’est l’illusion.

Sylvain CHARAT

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

Lu 127 fois Publié le mardi, 22 janvier 2013