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Hédy Sellami : « L’argent de la CGT, un scandale d’État »

hedy-sellami-largent-de-la-cgt-un-scandale-detat © La Nouvelle Vie ouvrière

Hédy Sellami a beaucoup à dire sur la CGT. Il a été journaliste, de 1992 à 2001, à la rubrique juridique de “La Vie Ouvrière” (aujourd’hui “La Nouvelle Vie Ouvrière”), la gazette de la CGT qu’il a quittée suite à un licenciement économique. Il cherche depuis longtemps à informer l’opinion sur les agissements dont il dit avoir été le témoin : loyers mirobolants, emplois fictifs, rémunérations occultes…

 

L’argent de la CGT est l’un des tabous les plus inattaquables de la société française.

Il faut partir de deux faits : la CGT a encore moins de syndiqués qu’elle n’en revendique, donc encore moins de rentrées financières par cette voie. Pourtant, il y circule beaucoup plus d’argent qu’elle ne le reconnaît.

A cet égard, les conclusions de la commission d’enquête parlementaire, dite Perruchot, sont erronées. Elles reprennent purement et simplement les chiffres mensongers fournis par la CGT elle-même.

Tout d’abord, la centrale a moins de syndiqués qu’elle ne le prétend (670 000 syndiqués revendiqués, ndlr). Elle est d’ailleurs incapable de prouver la sincérité des chiffres avancés.

Toute personne un peu au fait des méthodes des syndicats, sait que la comptabilisation de syndiqués fictifs n’est pas exceptionnelle. Il peut s’agir de personnes qui n’existent même pas : par exemple, on se prévaudra de 1 400 membres alors qu’il y en a seulement 1 000.

Même parmi les individus qui ne sont pas purement et simplement des fantômes, les faux syndiqués ne sont pas rares. Certains paient un ou deux timbres dans l’année – au lieu d’un par mois – et pas toujours sur la base de 1% du salaire comme ce devrait être le cas ; ils sont quand même comptabilisés comme syndiqués à part entière. Je l’ai vu notamment à France Télécom, où j’ai travaillé un temps, et où j’ai dirigé une section syndicale.

D’autres ne paient rien du tout, comme j’en ai eu connaissance à La Vie Ouvrière (VO), où bon nombre de salariés appartenant à la catégorie employés, recevaient leur carte et tous leurs timbres alors qu’ils ne déboursaient pas un centime de cotisation.

Une implacable omerta

La CGT perçoit donc encore moins d’argent de ses syndiqués (ou prétendus tels) qu’on ne le clame. D’autant que, loin de lui rapporter, certains lui coûtent très cher. Ici, l’on touche à de nauséabondes vérités qu’une implacable omerta cache aux citoyens depuis des décennies.

Beaucoup d’argent circule – beaucoup plus que ne le racontent tels discours ou tels rapports – sans être déclaré, sans que l’on sache toujours d’où il vient et où il va exactement.

Ce que je vais révéler ne tient pas du ragot ou du fantasme : cela se passait sous mes yeux ; je l’ai vu et j’en suis un témoin direct. J’ai d’ailleurs porté plainte, mais je me suis heurté à la protection dont la CGT use et abuse.

Rémunérations occultes

A la CGT, il existe des compléments de salaires : rémunérations non déclarées, versées chaque mois notamment à des détachés et des retraités, en complément de leur salaire ou de leur retraite. Rien que dans mon service à la VO, j’ai eu au moins deux détachés de la Sécurité sociale qui bénéficiaient de ce système ; cela était avoué, reconnu, et j’étais le seul à m’en offusquer.

De nombreuses autres personnes du journal jouissaient de ces libéralités occultes, et ce dans différents services. A côté des retraités, des détachés et autres permanents, il faut mentionner les gens qui travaillaient pour la VO (ou étaient censés travailler), régulièrement ou occasionnellement, au noir. C’était le cas, par exemple, de collaborateurs censés rédiger le journal, ou certains guides, certains livres.

A ces rémunérations occultes régulières, s’ajoutent parfois des indemnités occasionnelles, tout aussi peu déclarées, et dont le montant peut être substantiel.

Les dirigeants de la VO disposaient également de cartes bancaires sur lesquelles aucun contrôle n’était exercé. A plusieurs reprises, j’ai fait part de mon étonnement à la secrétaire du comité d’entreprise, lequel CE se montrait fort peu curieux : je n’ai jamais obtenu d’explication satisfaisante et, de toute évidence, on cherchait à éviter le sujet.

Précisons encore que les plus hauts dirigeants de la CGT détiennent des chéquiers du syndicat.

Les voitures aussi sont un classique de la Centrale, à tel point qu’un officier de police judiciaire qui m’entendait après ma plainte, m’a lancé à peu près ceci : « Quand il y a un problème avec les voitures, un accident, n’importe quoi, on ne sait même pas à qui elles appartiennent, si c’est à la CGT ou à quelqu’un… ». Qu’il se rassure : les véhicules sont payés par le syndicat (1), mais mis à la disposition d’apparatchiks qui les utilisent pour leurs besoins privés, leurs déplacements personnels, les vacances…

C’est la CGT – donc le syndiqué et surtout le contribuable – qui finance ces voitures ainsi que l’essence, l’assurance, les réparations.

Emplois fictifs

Certains apparatchiks non seulement profitent d’avantages occultes, mais ne mettent quasiment pas les pieds dans les locaux où ils sont censés faire du syndicalisme. Ces employés fictifs perçoivent leur rémunération de leur administration, plus leur enveloppe de la CGT, alors qu’ils ne font rien et restent chez eux.

Pour ne citer qu’un exemple, dans mon service à la VO, une détachée de la Sécurité sociale vivait chez elle en province, tout en touchant tous les mois son traitement de la Sécu ; elle était supposée travailler pour la VO alors qu’elle n’y paraissait qu’une fois par mois, pour venir prendre l’enveloppe. Elle disposait également d’un véhicule payé par l’entreprise. Et ce n’est pas un cas isolé.

Un loyer exorbitant

Donc, beaucoup d’argent non déclaré. Un autre exemple : entre 1993 et 2001, la VO se délestait chaque année de 550 millions d’anciens francs au titre du loyer et des charges (soit près de 70 000 € de loyer par mois, ndlr). Que l’on me trouve une seule autre PME de 80 salariés capable de débourser plus d’un demi-milliard d’anciens francs par an rien que pour son loyer…

Tous les spécialistes des questions financières savent que le coup du loyer exorbitant est un classique du blanchiment d’argent, utilisé pour transférer des fonds.

Du reste, un calcul approximatif et partiel sur une période de huit ans, m’avait confirmé que la VO avait dilapidé un nombre aberrant de milliards rien que sur cette période, dépenses que  les recettes du journal ne peuvent absolument pas compenser ni permettre. Un journaliste m’a suggéré que l’argent pourrait provenir en partie de fonds détournés de la formation professionnelle, j’ignore si c’est bien le cas.

Le contribuable est volé avec l’aval des pouvoirs publics 

Les pouvoirs publics connaissent ces anomalies et les couvrent. Le contribuable est volé avec leur aval. Concernant la VO plus particulièrement, le fisc, l’Urssaf et d’autres instances savent parfaitement ce qui s’y passe, ne serait-ce que parce que j’en ai moi-même informé certaines.

Une année, les trafics de la VO ont été signalés à l’Urssaf : elle n’a rien fait et les pratiques de la VO ont continué de plus belle.

L’an dernier, j’ai envoyé plusieurs courriers en recommandé avec AR à différentes autorités fiscales, dont le ministre de l’Economie et des Finances, François Baroin : à ma connaissance, ces instances n’ont pas inquiété la VO.

J’ai adressé un témoignage détaillé sur les détachés de la Sécu précités à plusieurs parlementaires, membres de la commission de contrôle et d’évaluation de ladite Sécu : ces honorables députés et sénateurs ont fait comme si de rien n’était. L’une – Marisol Touraine pour ne pas la citer – est même devenue ministre des Affaires sociales et n’a rien entrepris pour que cessent les scandales.

J’avais également alerté l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) : aucune suite… Je pense que la complicité des pouvoirs publics peut justifier des poursuites pour des délits qui s’apparentent à du détournement de fonds publics, à de la complicité de fraude fiscale, ou pire encore. Certains comportements pourraient s’avérer passibles de poursuites devant la Cour de justice de la République.

Syndiqués fictifs, emplois fictifs, compléments de salaires, « travail » au noir, détachés qui cumulent rémunération de leur administration et enveloppe de la CGT sans rien faire et tout en restant tranquillement au foyer, voitures, cartes bancaires, chéquiers, gâchis en tout genre…

Tout cela financé par l’argent du contribuable avec la complicité des pouvoirs publics : l’argent de la CGT, c’est bien un scandale d’Etat.

Hédy Sellami

(1) 43 000 € d’achats de véhicules pour la seule année 2004.

Le témoignage d’Hédy Sellami est extrait des Dossiers du Contribuable « Enquête sur la CGT », décembre 2012.

Avec Contribuables Associés, luttez pour la réduction des dépenses publiques, car trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts, et contre les gaspillages scandaleux d'argent public !

Lu 260 fois Publié le vendredi, 07 décembre 2012