Veuillez accélérer pour combler le déficit public : chaque radar rapporte à l’État 164 000 euros par an…

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Le ministère de l'Intérieur souhaite lancer à l'assaut des routes de France 400 voitures-radar qui devraient augmenter le nombre de PV par 6.

Plus c’est petit, plus c’est vicieux. Le court laps de temps pendant lequel Matthias Fekl a été aux manettes au ministère de l’Intérieur lui a suffi pour enclencher la formidable mécanique destinée à broyer les automobilistes français.

Jusqu’à présent, un radar pouvait être camouflé dans une voiture tout ce qu’il y a de plus trompeuse banale, conduite par deux membres des forces de l’ordre. Afin d’augmenter le nombre des contraventions, le ministère aimerait améliorer le système et confier les véhicules à des chauffeurs non assermentés.

La construction des 400 nouveaux véhicules est confiée à la société Fareco, filiale de Fayat (4ème groupe de BTP français), en position depuis 2012 et qui a bénéficié d’un simple prolongement de contrat en 2016, révèle Le Canard enchaîné (21 juin 2017). Nulle publicité ou appel à la concurrence, donc. Réponse du cabinet de l’Intérieur : aucune des entreprises européennes fabriquant ce type de voitures ne semble être un véritable concurrent digne de ce nom. On aurait presque envie d’accuser le gouvernement de protectionnisme économique….

Ces nouveaux radars devraient rapporter 700 millions d’euros à l’État, grâce à une augmentation par 6 du nombre de PV. Mais à qui ira donc la manne collectée ?

Chaque radar rapporte 164 000 euros

 Les radars ont fait gagner à l’État 789 millions d’euros en 2015, a évalué la Cour des comptes . Cette somme impressionnante a été collectée grâce aux 4 200 radars qui fleurissent un peu partout en France, chacun rapportant 164 000 euros. Coût de leur entretien : 14 233 euros en moyenne par radar et par an. Les radars ont flashé 20,24 millions de fois les Français en 2015.

Cependant, 70% des recettes n’ont pas servi à améliorer les infrastructures routières, estime l’association 40 millions d’automobilistes. En effet, sur le 1,671 milliard d’euros d’amendes routières récupérés en 2015, 440,9 millions d’euros ont servi au désendettement de l’État, 217,1 millions d’euros au programme des radars, 45 millions d’euros au Fond interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) qui sert au financement de la vidéoprotection, 30 millions d’euros au programme PV, et 21,9 millions d’euros au Fichier national du permis de conduire (FNPC), a calculé le site Caradisiac.com.

Restent donc 249,1 millions d’euros versés à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) et 667,2 millions d’euros versés aux collectivités territoriales.

Concernant l’AFITF, il est officiellement « chargé de coordonner le financement de grands projets d’infrastructures de transport ». En réalité, cela englobe en plus des infrastructures routières, les projets ferroviaires et ceux liés aux transports en commun.

Ainsi l’AFITF a-t-elle consacré seulement 31,4% de son budget aux routes, soit 78 millions sur les 249,1 millions reçus. Par conséquent, 171 millions d’euros sont affectés à autre chose qu’aux infrastructures routières.

Quant aux collectivités locales, comme bien souvent, l’affaire est encore plus floue, estime Caradisiac.com. Sur les 667,2 millions d’euros qui leurs sont alloués, 64 millions sont remis « aux départements, à la Collectivité territoriale de Corse et aux régions d’outre-mer afin de financer des opérations contribuant à la sécurisation de leur réseau routier ».

Pour les 603,2 millions d’euros restants, on n’a quasiment aucune visibilité dans les dossiers budgétaires de la comptabilité publique.

70% des amendes ne servent pas à l’entretien des routes

En définitive, 70% des amendes servent à entretenir le système répressif. Sur 1,671 milliards d’euros issus de la répression routière, seuls 513 millions servent à la révision des routes de France.

Au passage, vous noterez l’absence d’effet de balance avec les accidents de la route : si la quantité d’amendes augmente, la courbe de décès sur les routes est même en hausse depuis 2014…

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, on ne le sait que trop…  Nicolas Sarkozy ne déclarait-il pas en 2007, lors de la campagne présidentielle, lorsqu’il déclarait que « les radars, c’est pas fait, en tout cas dans mon esprit, pour remplir les caisses de l’État, parce que vous avez raison, ce serait scandaleux d’enlever les panneaux qui préviennent. »

Une fois au pouvoir, il fit tout l’inverse.

Aliénor Barrière

 

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