L’impôt selon Jésus-Christ…

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La parabole des talents, «Rendez à César», Zachée sur son arbre… L’impôt accompagne le Christ tout au long des Évangiles. Mais est-ce pour lui donner de l’importance ou simplement le remettre à sa place ?

Même si les chrétiens n’aiment pas parler d’argent, force est de constater que les Évangiles fourmillent de références à l’impôt. Tout commence d’ailleurs par là puisque le fameux recensement de Quirinus commandé par Auguste et qui conduisit Joseph et Marie jusqu’à Bethléem avait pour seul but la mise à jour des valeurs fiscales pour mieux récolter l’impôt (Saint Luc,II,1).

Autrement dit, c’est grâce au fisc que s’accomplit la prophétie sur la naissance du Messie à Bethléem… Sur cette lancée, les Évangiles n’hésitèrent pas à asseoir la parole de Jésus sur des symboles fiscaux, le Christ allant jusqu’à recruter parmi les percepteurs, en la personne notamment de Saint Matthieu qui devint même l’un des quatre évangélistes.

À tout seigneur, tout honneur : commençons par la célèbre réplique « Rendez à César, ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu » (Saint Marc, XII, 13-17 ; Saint Matthieu, XXII, 21 ; Saint Luc, XX, 25). Que signifie cette phrase ? Certes que politique et morale ne font pas bon ménage, mais aussi qu’il est légitime de payer l’impôt, pourvu que celui-ci serve aux missions de l’État et non à financer les associations bien-pensantes.

La parabole des talents nous apprend aussi que Jésus récompense celui qui fait fructifier son argent et condamne celui qui n’ose pas en gagner. Le Christ montre que l’enrichissement n’est pas répréhensible. Au contraire, les hommes sont incités à créer, Dieu punissant l’absence voulue de dynamisme. Dès lors, Jésus n’est peut-être pas libéral mais il n’est en tout cas pas favorable aux impôts qui dissuadent d’entreprendre, sanctionnent la richesse ou encore favorisent l’assistanat.

L’impôt excessif est contraire aux Évangiles

Attardons nous maintenant sur le miracle de l’impôt du Temple trouvé dans la bouche du poisson (Saint Matthieu, XVII,  22-27). Rappelons qu’il s’agit de l’épisode au cours duquel les collecteurs de l’impôt du Temple demandent à Pierre si Jésus paie bien les deux drachmes dues par chaque Juif pour l’entretien du Temple de Jérusalem. A cette occasion, Jésus interrogea Pierre pour savoir si les rois perçoivent les taxes sur leurs fils ou sur les autres personnes. Pierre répondit que les taxes étaient bien entendu perçues sur les autres personnes et Jésus en déduisit que les fils étaient libres. Bien que fils de roi, Jésus conseilla tout de même à Pierre de ne pas créer de scandale et de payer le tribut au Temple et, pour ce faire, lui suggéra d’aller au lac pour récupérer la pièce de quatre drachmes qui se trouverait dans la bouche du premier poisson pêché, permettant à Pierre et Jésus de s’acquitter de leur obligation.

Quel enseignement tirer de ce passage ? Tout d’abord on peut faire le parallèle entre Bercy et Jésus. Le premier pense que l’impôt se trouve sous les sabots d’un cheval tandis que le second le trouve effectivement dans la bouche d’un poisson. Plus sérieusement, plusieurs remarques viennent immédiatement à l’esprit.

D’abord, Jésus constate que les fils de rois sont libres car ils ne payent pas l’impôt. On peut donc en conclure que, selon l’Évangile, l’impôt restreint la liberté, contrairement à la vision révolutionnaire de l’impôt « consenti ».

Ensuite, l’impôt n’est pas une chose essentielle ni même sérieuse pour Jésus puisqu’il le place dans la bouche d’un poisson. L’impôt n’est donc pas absent des Évangiles mais appréhendé à sa juste valeur.

Cela dit, Jésus ne conteste pas qu’il faut payer l’impôt. Il explique à Pierre qu’il faut s’acquitter de ses devoirs terrestres et ne pas les mépriser mais qu’il y a quelque chose de plus important que cela : la liberté accordée aux fils du Royaume, c’est-à-dire aux enfants de Dieu. Le salut et la vie éternelle promis aux chrétiens primeront toujours. Le spirituel dépasse le matériel. Débarrassons-nous donc des contingences matérielles pour arriver l’esprit libre jusqu’aux choses spirituelles.

Bien entendu, l’impôt manque de spiritualité et il faut donc l’écarter rapidement pour parvenir à l’essentiel. Il ne s’agit pas d’évasion mais plutôt d’évacuation fiscale. Jésus hiérarchise les sujets et remet l’impôt à sa place, celle d’en bas réservée aux problèmes matériels. Bref, l’impôt doit être payé mais il ne doit pas être surévalué. C’est d’ailleurs là l’essentiel du message.

L’impôt ne doit pas détourner l’homme de ses vrais devoirs et encore moins l’empêcher de les accomplir. Or, la charité et la générosité font partie des devoirs du chrétien. Quand un homme lui demande comment faire pour respecter son enseignement, Jésus lui répond qu’il n’a qu’à se débarrasser de tous ses biens et le suivre (Saint Matthieu, XIX, 20).

Encore faut-il qu’il le fasse de son propre gré. Si la charité est imposée, ce n’est plus de la charité. Autrement dit, lorsque l’État prend aux citoyens plus de la moitié de leurs revenus et les oblige à s’appauvrir au nom de la solidarité et de l’égalité, il les empêche de pratiquer la charité et leur ôte tout moyen de se montrer généreux.

L’impôt excessif est donc contraire aux Évangiles. Jésus demande aux hommes d’être généreux spontanément et non à l’État de les contraindre à l’être.

Le système fiscal du Christ, si on peut dire, consiste donc à établir un impôt nécessaire et suffisant pour les missions de l’État (ou du Temple puisque chez les Hébreux les deux étaient indissolublement liés), de manière à laisser aux hommes toute liberté pour pratiquer ensuite la charité. L’impôt ne remplace pas le don.

C’est d’ailleurs l’ambiguïté de la réduction d’impôt accordée aujourd’hui aux donateurs. La règle s’apparente assez à un chantage : si vous ne donnez pas aux pauvres, vous donnerez à l’État sous forme d’impôt… Il n’est pas certain que cela forme des donateurs exemplaires, même si l’Église est sans doute l’un des grands bénéficiaires de ce système…

Si on en vient aux Actes des Apôtres, on constate un même souci de la hiérarchie. Saint Paul écrit ainsi : « Rendez à tous ce qui leur est dû : l’impôt à qui vous devez l’impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur ». (Epître aux Romains XIII, 7).

Le percepteur a mauvaise réputation

Là encore, l’impôt existe et doit être acquitté mais ce n’est pas le plus important. Clairement, la crainte et l’honneur que l’on doit à Dieu sont placés au-dessus. Une fois de plus, on parle de l’impôt en premier mais pour s’en débarrasser au plus vite. Au passage, notons la distinction entre l’« impôt » et le « tribut ». Le second place le tributaire dans un état d’infériorité ou de soumission alors que le premier se contente d’instituer une obligation générale.

Reste à savoir si Jésus avait quelque chose contre l’administration fiscale de son temps. Ce qui est certain en tout cas, c’est que le Christ attachait de l’importance aux représentants du fisc puisque, d’une part, il tint à prendre l’un d’eux, Matthieu, comme disciple et, d’autre part, insista pour accepter l’hospitalité d’un autre, Zachée (Saint Luc, XIX, 1-10). Cela dit, sans que Jésus juge la dignité de leurs fonctions, il ressort toutefois des Évangiles que les collecteurs d’impôts ne jouissaient pas d’une excellente réputation.

Lorsque Zachée promet à Jésus qu’il rendra à ceux à qui il a fait du tort le quadruple de ce qu’il leur a pris, cela nous interpelle sur le manque d’honnêteté qui irait de pair avec la profession de collecteur d’impôts. Toutefois, la malhonnêteté présumée est à relativiser car l’impôt en question est en général celui dû à l’occupant, c’est-à-dire les Romains. La mauvaise réputation du percepteur est donc avant tout due à son image de collaborateur avec l’ennemi.

Et si Jésus n’avait rien contre le fisc, qu’en est-il de son état d’esprit à l’égard des riches ? Car richesse et impôt vont souvent de pair, surtout aujourd’hui. Lorsqu’il dit qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au Royaume des Cieux, on pourrait croire que le Christ rejette l’argent et refuse de se placer du côté du capital (Saint Marc, X, 25). Cette phrase condamne en réalité ceux qui sont riches d’eux-mêmes, aussi bien les égoïstes que les avaricieux, les orgueilleux ou les accapareurs. L’homme riche n’est pas honni en soi.

La seule chose est qu’il sera peut-être davantage tenté de protéger ses richesses que le pauvre qui n’a de toute manière rien à perdre. Quoi qu’il en soit, la morale à en retenir est que l’argent n’est pas méprisable mais n’est pas une fin en soi. De la même manière, l’impôt est honorable mais ne résout pas tout et n’est pas non plus une fin en soi. Ce n’est pas en créant des impôts pour faire en sorte que tout le monde soit pauvre que l’on entrera dans le Royaume des Cieux. C’est au contraire en se montrant juste et mesuré dans la pression fiscale que l’on se rapprochera de Dieu car alors on se montrera « pauvre en esprit », ainsi que le recommande le Christ (Saint Matthieu, V, 3).

Terminons sur le passage de l’offrande de la veuve au Temple (Saint Luc, XXI, 3-4). Jésus compare les deux petites pièces qu’une veuve misérable donne au trésor du Temple aux riches offrandes des plus fortunés. Il insiste alors sur le mérite de la veuve qui se dépouille du peu qu’elle a, face aux riches donateurs qui ne font que se séparer de leur superflu. On peut dire que les riches se sont bornés à payer l’impôt et n’ont en fait montré aucune générosité. Quant à la veuve, rien ne l’obligeait à donner le peu dont elle disposait. Ce n’était donc plus de l’impôt mais un véritable acte généreux.

L’histoire de l’Évangile résume donc parfaitement les limites de l’impôt à ne pas dépasser : laisser le citoyen libre d’être ou non généreux, une fois le devoir fiscal accompli. Et si Saint Jean n’est pas cité, ce n’est pas sans raison. Son Évangile dépasse l’impôt…

Olivier Bertaux

Le jubilé des Hébreux et la remise de la dette

Tous les 50 ans, c’est-à-dire l’année qui suit sept fois sept ans, arrivait chez les Hébreux l’année jubilaire. Toutes les dettes étaient alors remises et toutes les créances annulées. Chacun retrouvait son patrimoine d’origine et devait retourner dans son clan. Sorte d’interventionnisme divin, la pratique était censée remettre les compteurs à zéro et empêcher toute accumulation. Les droits de succession sont peut-être une version moderne du jubilé : tous les 80 ans, c’est-à-dire à son décès, l’Etat récupère les biens du contribuable… O.B.

L’impôt du Temple

Dans l’Ancien Testament, l’impôt a une vocation avant tout religieuse. Il s’agit de participer à la construction ou à l’entretien du Temple de Jérusalem. On parle d’ailleurs de la dîme, terme repris sous l’Ancien Régime pour l’impôt payé au clergé. Le Deutéronome indique qu’un dixième de la récolte devait être prélevé pour être consommé au Temple, sauf la septième année car la terre se reposait alors et ne produisait pas de quoi alimenter le Temple. À la construction du Temple, chaque Israélite dut acquitter un demi sicle pour financer les travaux. La Bible parla alors de « don prélevé pour l’Éternel ». Aujourd’hui on parle de consentement à l’impôt plutôt que de « don prélevé pour la République ». Il est vrai que le terme d’« impôt révolutionnaire » aurait fait un peu trop corse… O.B.

Les Publicains 

Ce terme désigne dans l’administration romaine les collecteurs d’impôts ayant acheté cette charge et en contrat avec l’autorité civile. Ils devaient faire l’avance des sommes à collecter. La plupart des publicains des Évangiles sont des employés subalternes au service de grands collecteurs comme Zachée. Du latin publicanus qui dérive de publicus, « public ». J.B.L.

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Article extrait des Enquêtes du contribuable #5 « L’argent des partis politiques » juin-juillet 2014. Ce numéro est épuisé dans sa version papier. Vous pouvez néanmoins le télécharger gratuitement sur notre site ici.

Une : « Christ And The Rich Young Ruler » par Heinrich Hofmann .

Lu 74 fois Dernière modification le mardi, 10 juillet 2018 12:58