Marc Touati : « Pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages, il faut baisser les impôts et les charges »

Écrit par Jean-Baptiste Leon

Pour l’économiste Marc Touati, l’inflation continuera à grever le budget des ménages en 2024 dans un contexte social de plus en plus chahuté. Marc Touati est l'auteur de RESET II. Bienvenue dans le monde d'après (Éditions Bookelis).

- Selon une enquête du Cevipof la baisse du pouvoir d’achat est plus durement ressentie en France qu’ailleurs. Que vous inspire ce constat ?

Depuis la mi-2023, la France est l’un des pays européens affichant un des taux d’inflation les plus élevé de la zone euro. Au début de la crise, le bouclier tarifaire a freiné la hausse des prix. Avec la fin, en 2022, du « quoi qu’il en coûte » ce barrage a sauté. Rien ne limite les hausses.

D’où un effet de rattrapage ressenti d’autant plus durement par les Français que, depuis les années 1990, l’inflation tournait sagement autour de 1% par an.

- Quels sont les principaux facteurs qui rognent le pouvoir d’achat des ménages ?

On doit d’abord citer l’inflation. Si les prix augmentent et que les revenus ne suivent pas, le pouvoir d’achat diminue. Or, qu’a-t-on observé en 2023 ? Une augmentation annuelle des prix de 4,9% et des revalorisations salariales de l’ordre de 3,8%. Il suffit de faire la différence pour avoir un aperçu de la situation.

- L’inflation mesurée par l’Insee rend-elle compte de la réalité économique ?

Oui, mais comme pour la météo, il y a une inflation réelle et une inflation ressentie. Par construction, l’inflation englobe les prix de tous les biens et services, y compris ceux l’on ne renouvelle pas toutes les semaines, ni même tous les ans, par exemple une TV ou un ordinateur. Le prix de ces biens peut baisser, ce qui minore l’indice global.

En revanche, les consommateurs font leurs courses tous les jours. Et, ils constatent que le prix des produits alimentaires file à la vitesse d’un TGV (quasiment + 25% depuis 2021), alors que leurs revenus avancent à la vitesse d’un omnibus.

- Quels sont les autres facteurs érodant le pouvoir d’achat ?

L’augmentation croissante des impôts et des taxes est l’autre grand facteur d’érosion du pouvoir d’achat. La France est le pays exerçant la pression fiscale la plus forte au monde sur ses habitants. Les prélèvements obligatoires dépassent 45,4% du pays (47 % aux normes Eurostat). C’est un niveau de prélèvement léonin.

Il a évidemment un effet négatif sur le pouvoir d’achat. D’autant que, depuis des années, ces impôts et ces taxes flambent alors que les services publics se dégradent et que la stabilité sociale est de plus en plus chahutée.

 - Que faudrait-il faire pour augmenter le pouvoir d’achat des Français sans attendre ?

Commencer par baisser les impôts de production qui pénalisent nos entreprises pour qu’elles gagnent en compétitivité ; baisser les impôts et les cotisations sociales pesant sur les ménages, comme la CSG, et les charges sur les salaires. Cela aurait pour effet d’augmenter les salaires nets et de libérer instantanément du pouvoir d’achat.

Il serait aussi recommandé d’améliorer la concurrence et la transparence de l’économie française, par exemple dans le secteur de la distribution où l’on constate que les prix grimpent en cas de flambée des cours internationaux des matières premières, sans baisser aussi vite lorsque le contexte se retourne.

Enfin, au lieu de laisser filer la dépense publique, l’État devrait réduire son train de vie, de manière à pouvoir réduire ses prélèvements.

- Selon vous, comment le pouvoir d’achat des Français va-t-il évoluer en 2024 ?

La situation n’est pas fameuse. Même si la hausse des prix sera moins rapide en 2024 qu’en 2023, ils continueront à progresser cette année ce qui grèvera le pouvoir d’achat des ménages.

Par ailleurs, l’histoire économique prouve que les phases de forte inflation se terminent toujours par une période de récession provoquant une hausse du chômage.

Enfin, on peut craindre que les impôts directs ne finissent par repartir à la hausse, ce qui porterait un nouveau au pouvoir d’achat des classes moyennes et des CSP +, les plus exposés à un durcissement fiscal.

 

Propos recueillis par Fabrice Durtal, le 16 février 2024

Entretien à retouver dans le nouveau numéro de Tous contribuables "Pouvoir d'achat. L'État nous fait les poches" (mars-juin 2024)

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Publié le mercredi, 03 avril 2024

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Fabou vendredi, 19 avril 2024 Posté par Fabou

    Mais l'inflation est une bonne chose pour le gouvernement. Des prix hauts génèrent des rentrées de TVA plus importante. Ils nous disent tous qu'ils ne vont pas augmenter les impôts, quelle rigolade, on fait en sorte que les prix augmentent et l'argent coule plus vite. Mais même avec ça, comme nous avons à faire à des incapables qui continuent de dépenser sans compter, les caisses restent vides.

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  • Lien vers le commentaire MBR jeudi, 18 avril 2024 Posté par MBR

    Bonjour,
    Vous parlez de réduction de train de vie de l' Etat sans préciser comment il pourrait le faire alors qu'en même temps il réduirait les impôts ?
    A l'évidence, il faut que l'Etat maigrisse, c'est-à-dire réduise le nombre de fonctionnaires (au lieu de réduire les projets de dépenses comme il projette de faire), Ce que personne n'ose dire. Si c'est ainsi, au train où l'on va cela n'aura pas lieu et il ne réduira pas son train de vie
    D'autant plus que l'Etat prévoit de recruter 70000 personnes en 2024. Ce qui va dans le mauvais sens et est proprement scandaleux
    Pourtant il y a une règle mathématique positive qui aurait un effet dynamique certain : quand on supprime l'emploi d'un fonctionnaire on créé 1 à 2 emplois privés. Ce qui en plus de réduire les dépenses de l'Etat, fournit de la main d'oeuvre pour augmenter la production et le PIB !

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