Patrice Cahart : "Les gens des villes imposent l’éolien aux populations rurales par l’intermédiaire des élus et de l’État"

Patrice-Cahart-éoliennes Patrice-Cahart-éoliennes © D.R.

Patrice Cahart est écrivain et fut haut fonctionnaire à Bercy. Cet ancien inspecteur général des finances était chargé de la lutte contre les gaspillages de l'argent public. Par ailleurs, il a notamment piloté le rapport «Éoliennes : arrêtons le gaspillage» (2016) pour le compte du Groupe Indépendant de Réflexion sur l’Énergie, avec Pierre Audigier et Denis de Kergorlay. Il est l’auteur de «La Peste éolienne» (Hugo Doc, 2021). Une démonstration implacable et chiffrée. Entretien.

 

→ Patrice Cahart, vous vous dites « plus vert que les Verts ». Pourquoi cette charge contre les éoliennes qui sont présentées comme l’énergie propre par excellence ?

Je prends le péril climatique très au sérieux, et suis en conséquence d’accord avec les Verts sur la majeure partie de leur programme. Leur erreur est de s’acharner à promouvoir l’éolien, source d’énergie deux fois malpropre :

- l’éolien est intermittent ; une éolienne, en France, fonctionne à 25 % environ de sa capacité ; pour assurer aux consommateurs la fourniture régulière dont ils ont besoin, il faut donc faire appel au gaz, qui n’est ni propre ni renouvelable, et dont le fournisseur principal sera, de plus en plus, la Russie ;

- en raison de cette intermittence, et du fait que la durée de vie des engins n’excède guère vingt ans, la construction d’éoliennes est une forte consommatrice de matériaux dont la production émet du carbone ; ainsi pour une production de 1 kilowatt-heure, l’éolien consomme huit fois plus de béton, vingt fois plus d’aluminium, vingt-six fois plus d’acier que le nucléaire.

De surcroît, l’éolien est l’un des facteurs qui contribuent à la réduction catastrophique des effectifs des oiseaux et des chauves-souris.

En continuant de promouvoir néanmoins ce fléau, les Verts tournent le dos à leurs idéaux.

Ils doivent, ou bien changer de discours, comme l’a fait par exemple Antoine Waechter, ou bien rendre ce nom de Verts qu’ils ne méritent plus.

→ Vous écrivez que les promoteurs de l’éolien n’ont pas pour dessein la défense du climat. Quel est, selon vous, leur véritable objectif ?

Ces promoteurs sont des chefs d’entreprise et non des philanthropes. Leur but principal est donc la réalisation de profits.

Ce sont les hommes politiques, en premier lieu, et les techniciens du ministère de la Transition qui encourent le blâme, pour avoir monté un système pervers.

Il ne faut pas s’étonner que les promoteurs veuillent en profiter.

Cela dit, leur comportement appelle de vives critiques. Ils affirment inlassablement, et contre l’évidence, que leur action, en France, bénéficie au climat. Ils démarchent de façon frénétique les propriétaires de terrains et les maires, sans leur donner une présentation objective des enjeux.

Ils font porter leurs projets par des sous-filiales au capital ridiculement faible – 1 euro parfois !

Tout le reste est emprunté aux banques, d’où des structures financières anormales, qui ne pourraient voir le jour sans la généreuse garantie de l’État.

Les exploitants éoliens bénéficient en effet d’une garantie de recettes sur vingt ans. En conséquence, et mis à part les projets adoptés à la suite d’appels d’offres, la moitié environ de leur chiffre d’affaires provient de versements de l’État.

C’est une situation sans autre exemple dans l’économie française.

→ Combien d’éoliennes compte notre pays ? Où sont-elles implantées ? Quels sont les objectifs du gouvernement pour les années qui viennent ?

Nous avons environ 8000 grandes éoliennes. La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour l’éolien en prévoit 6500 de plus d’ici à 2028.

Le record de densité se trouve dans les Hauts-de-France, et notamment dans la Somme. Le Grand-Est, une partie de la Bourgogne et du Languedoc, la Vienne sont aussi très touchés.

En revanche, l’ancienne Aquitaine a été relativement épargnée, et la Côte d’Azur n’en compte pas encore.

Mais, pour se faire une idée des nuisances attendues, il faut se fier plutôt à la puissance totale des éoliennes (liée à leur hauteur) plutôt qu’à leur nombre.

En effet, celles qu’on implante aujourd’hui sont deux fois plus puissantes et deux fois plus hautes que celles d’il y a dix ans.

La PPE prévoit de multiplier la puissance installée totale de l’éolien terrestre par 2,25 de 2018 à 2028.

Si l’on ajoute l’éolien en mer (dont pratiquement aucune représentante ne fonctionne encore), le multiplicateur devient 2,6.

→ Quels sont vos principaux griefs à l’égard des éoliennes?

Je me suis expliqué plus haut au sujet des atteintes que les éoliennes causent à l’environnement, dont elles sont les ennemies.

Je leur reproche aussi le coût élevé de leur courant électrique à la production. À titre de comparaison, le coût marginal des réacteurs nucléaires en place est de 33 euros le mégawatt-heure (MWh).

C’est un chiffre officiel, incluant les dépenses dites de grand carénage, nécessaires afin de maintenir les installations en état de marche.

Pour l’éolien terrestre en revanche, les meilleurs appels d’offres donnent un prix de 60 euros le MWh.

La majorité des exploitants échappent aux appels d’offres et se voient octroyer une garantie de recettes qui, compte tenu de l’actualisation, s’élève en moyenne à 91 euros le MWh.

Quant à l’éolien en mer, hormis le projet de Dunkerque que nos amis belges remettent en cause, sa recette garantie atteint en moyenne 145 euros le MWh.

Encore faut-il ajouter aux trois coûts éoliens mentionnés celui de la mise en place d’un réseau très ramifié (puisque les éoliennes, si on continue à ce train, seront dispersées dans toute la France), et celui d’une force de secours (des centrales à gaz), pour compenser l’intermittence.

D’après mes calculs, ces ajouts doublent à peu près les trois coûts éoliens mentionnés plus haut.

Il existe dont un écart, selon les cas, d’un à quatre, d’un à six, d’un à neuf entre le coût marginal du nucléaire actuellement en service et les coûts complets de l’éolien.

→ Quel est le coût pour le consommateur-contribuable de la politique éolienne terrestre et maritime de la France? Quelles conséquences sur la facture d’électricité ?

Si l’on « remplace » d’ici à 2035, comme le voudrait la PPE, douze réacteurs par de l’éolien et du photovoltaïque (à raison des 2/3 pour le premier et d’1/3 pour le second), il en coûtera, d’après mes calculs, 145 milliards d'euros - y compris la ramification du réseau et la force de secours.

Depuis le 1er janvier dernier, le financement n’est plus assuré par les taxes spéciales qui subsistent, mais de façon directe, par le budget général de l’État.

Il n’est donc pas aisé de prédire l’incidence sur les factures des consommateurs.

L’exemple de l’Allemagne, ce pays qui s’est tant investi dans l’éolien et dans le photovoltaïque, en donne néanmoins une idée. Pour les particuliers, l’électricité y coûte 70% de plus qu’en France.

→ Pourquoi l’électricité d’origine éolienne coûte-t-elle si cher ?

J’y vois quatre raisons :

- l’obligation de réaliser en partant de zéro la totalité de l’investissement, alors que pour le nucléaire en service, l’essentiel a déjà été payé ;
- l’intermittence, qui oblige à créer une force de secours ;
- la faible durée de vie des engins, environ vingt ans, à comparer à celle des réacteurs en service, qui, si l’on se fie à l’exemple américain, peuvent fonctionner durant quatre-vingts ans, ce qui leur laisse une bonne quarantaine d’années devant elles ;
- la dispersion sur tout le territoire, qui contraint à ramifier le réseau.

→ Quelles sont les incidences des éoliennes sur la santé de humains et les conséquences pour la faune et la flore? Comment y remédier ?

La profession éolienne et le ministère nient ces incidences. Leur mesure est difficile. Mais il est certain que la dominance visuelle des éoliennes, les d’ombres dansantes, le bruit, les infrasons, les champs électro-magnétiques nuisent à la santé des humains et des animaux du voisinage. Un seul remède : arrêter les implantations d’éoliennes.

Nombre de projets éoliens rencontrent une vive opposition de la part des riverains. Mais l’avis de la population semble souvent négligé par les autorités. Estimez-vous que ces projets imposés sont un déni de démocratie ?

Je dirais plutôt que la population urbaine, inconsciente des vrais enjeux et abusée par la propagande, impose l’éolien aux populations rurales, par l’intermédiaire des élus et de l’État.

→ La filière nucléaire, fleuron de l’industrie française, est-elle en danger?

L’essentiel, dans l’immédiat, est de préserver les réacteurs actuellement en service, dont j’ai dit le coût modique, et qui peuvent sans doute durer encore quarante ans.

Or la PPE prévoit d’en abandonner le tiers d’ici à 2035 (y compris Fessenheim, déjà sacrifié). Nous n’avons donc pas besoin, avant quelque temps, de nouvelles sources d’électricité.

À terme, et au-delà des difficultés techniques que rencontre Flamanville III, nous pouvons espérer l’entrée en scène des réacteurs à neutrons rapides, qui laisseront très peu de déchets, et de la fusion nucléaire, dont les possibilités sont immenses.

→ Faut-il mettre un terme aux aides publiques à l’éolien comme dans certains pays européens ?

C’est ce qu’ont fait l’Espagne et le Royaume-Uni, pour l’éolien terrestre. Il urge de les rejoindre, sans remettre en cause, bien entendu, les aides déjà accordées. Et sans oublier l’éolien en mer.

→ Stéphane Bern, Brigitte Bardot… Les opposants gagnent en visibilité médiatique. Le vent de l’opinion est-il en train de tourner ?

Le problème éolien s’installe en effet sur la place publique. Puisse mon livre y contribuer.

Mais je m’interroge sur la persistance du gouvernement et du président de la République.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Leon

La peste eolienne

"La peste éolienne" de Patrice Cahart, Hugo Doc - mai 2021,156 pages. 9,95 €

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NON au « business du vent » qui saigne les contribuables !

 

Signez et faites signer la mise en demeure adressée à Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique

eolienne cartoon coco

Lu 1555 fois Publié le mardi, 15 juin 2021

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