mercredi, 09 avril 2014 15:10

Compétitivité : Manuel Valls brasse de l’air !

Sur un ton martial, Manuel Valls nous a dit ce mardi que l’heure était grave et que « le moment de la décision est venu ». Quelle décision ? Celle de rendre nos entreprises compétitives, comme il en a reconnu la nécessité ? Hélas non. Les mesures annoncées sont reportées à 2015 !

 

Pour M. Valls, les entreprises peuvent attendre

La seule décision annoncée d’application rapide, « avant l’été », est celle de «50 mesures de simplification» de la règlementation sur le logement. Ce n’est pas inutile, mais la compétitivité de notre économie n’en sera que modestement affectée.

Toutes les autres décisions sont reportées, sans explication, au plus tôt au 1er mai 2015. C’est vrai notamment des 10 milliards d’euros de réduction des cotisations sociales patronales. Cette réduction de charges sociales augmentera d’ailleurs de 3,3 milliards d’euros les impôts sur les bénéfices versés par les entreprises, ce qui limitera à 6,7 milliards d’euros la réduction de leurs charges fiscales et sociales. Pour arriver à l’égalité de charges avec les entreprises allemandes, la réduction devrait être de 140 milliards d’euros. Manuel Valls a donc résolu moins de 5 % de notre problème de compétitivité. Certes il y a ajouté une réduction à 28 % du taux de l’impôt sur les bénéfices, mais celle-ci n’aura lieu qu’en 2020, avec « une première étape », non précisée, dans trois ans, en 2017.

Pour financer cet effort dérisoire, ainsi que la réduction de nos déficits publics, il a prévu des économies de 50 milliards d’euros, à réaliser de 2015 à 2017, à un rythme inconnu, d’une façon non précisée. Sur ces 50 milliards d’euros, 11 viendront «d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations».  Il est difficile d’imaginer une formulation moins précise.

Réforme des collectivités locales : le big-bang, c’est maintenant ?

Sans doute Manuel Valls a-t-il prévu en outre un big-bang pour nos collectivités locales : suppression des conseils généraux (mais en 2021), nouvelle carte des intercommunalités (mais au 1er janvier 2018), réduction du nombre des régions (au 1er janvier 2017). Le moment de la décision est peut-être venu. Mais pas celui de son application. Les compétences des régions et départements vont être «spécifiques et exclusives». Mais encore, lesquelles, et à quelle date ? Le mystère reste entier.

Un « gouvernement de combat » bien timide

De même la réduction de notre production d’électricité nucléaire (en 2025) et de notre consommation d’énergie (en 2030) sont-ils maintenus. Mais cette fois personne, à part quelques Verts, ne va se plaindre de cette lenteur.

Aucune des décisions à prendre rapidement n’a été abordée : l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ? La révision du droit du travail ? La recherche de gaz de schistes ? La date de réduction de nos déficits publics à 3 % du PIB ? Les Français sont dans le bleu.

Il sera demandé à l’Europe de «protéger nos entreprises de la concurrence» (sic)  et de réaliser de grands investissements. Lesquels ? On ne sait. Notre «diplomatie économique» va être très occupée à «renforcer notre technologie» (resic).

Manuel Valls est peut-être un Premier ministre énergique et volontaire. Mais comme son patron le président de la République, il préfère le flou au clair, la décision lointaine à l’immédiate, la décision sans risque à l’audace.

Ce « gouvernement de combat », qui devait « accélérer le rythme du changement », est en fait peu pressé de mettre en œuvre des décisions difficiles. Il ne fera pas gagner à la France la bataille de la compétitivité.

Alain Mathieu, président d'honneur de Contribuables AssociésAlain Mathieu Contribuables Associes

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